Quand les marchés actions enregistrent de nouveaux plus hauts

19/06/2026 - source : Profession CGP

Par Alain du Brusle, directeur de la gestion de Claresco Finance

Achevé de rédiger le 1er juin 2026

En mai, les indicateurs macroéconomiques ont fait preuve de résilience malgré la poursuite de la fermeture du détroit d’Ormuz qui perturbe l’offre d’hydrocarbures et de produits qui lui sont liés. C’est particulièrement le cas aux États-Unis où les indicateurs d’activité et d’emploi sont restés solides, malgré une progression de l’inflation à 3,8 % en rythme annuel (+2,8 % pour l’inflation « cœur »). En Europe, la hausse des prix de l’énergie est plus pénalisante et commence à légèrement peser sur l’activité.

Dans ce contexte, les marchés actions ont enregistré de nouveaux plus hauts, notamment aux États-Unis (indice S&P500 NR : + 5,2 %), soutenus par les perspectives d’un apaisement du conflit entre les États-Unis et l’Iran et une nouvelle progression des valeurs technologique (Indice Nasdaq 100 : + 10,5 %), tirées par le secteur des semi-conducteurs (indice SOX : + 22,1 %). En Europe, la progression a été plus modeste (Indice Stoxx Europe 600 NR : + 3,0 %) mais de nouveaux plus hauts ont également été atteints. Du côté des marchés obligataires, l’enthousiasme a été plus mesuré. Les craintes d’un retour de l’inflation alimenté par une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz l’ont emporté, ainsi que le risque d’une détérioration budgétaire si l’économie venait à ralentir.

Malgré un mouvement de détente au cours des dix derniers jours, les taux longs ressortent en hausse sur la période aux États-Unis (10 ans US : + 7 bps à 4,44 %, après un plus haut à 4,67 % le 19 mai, 30 ans US : stable à 4,97 %, mais après avoir atteint 5,18 % le 19 mai, un plus haut depuis l’été 2007 !). En outre, les marchés tablent désormais sur une hausse des taux courts, notamment de la part de la BCE lors de sa prochaine réunion le 11 juin, alors que la plupart des économistes la considèrent injustifiée compte tenu du risque de ralentissement économique en Europe.

Scénario central

À court terme, les tensions au Moyen-Orient devraient continuer d’engendrer de la volatilité sur les marchés, principalement en raison de l’impact négatif de la hausse des prix du pétrole sur lequel une prime de risque devrait se maintenir, même en cas de résolution rapide du conflit. Si l’économie mondiale reste en apparence résiliente, les treize semaines de conflit devraient peser sur la croissance des prochains mois, ce qui incite à une certaine prudence après le rebond des marchés boursiers des six dernières semaines, notamment dans le domaine de la technologie et des semi-conducteurs où le mouvement de hausse s’étend désormais à des acteurs de deuxième ou de troisième division.

Pour alimenter une poursuite de la hausse des marchés actions, les investisseurs attendent des avancées concrètes sur un accord durable entre les États-Unis et l’Iran. Sans catalyseur géopolitique supplémentaire, et maintenant que la saison de résultats est terminée, le rythme de progression pourrait ralentir. Des deux côtés de l’Atlantique, les rachats d’actions restent un facteur de soutien en 2026 (plus de 1 000 Md$ attendus aux États-Unis et 210 Md€ annoncés à ce jour en Europe), ainsi que les achats de la part des particuliers, encore assez soutenus, notamment aux États-Unis. En retenant l’hypothèse que la crise au Moyen-Orient n’a pas vocation à s’éterniser, les marchés américains devraient bénéficier d’une dynamique de croissance des BPA 2026 désormais supérieure à 20 %, tirée par les Gafam, mais pourraient être freinés par des multiples de valorisation exigeants alors que les investisseurs s’interrogent sur les retours sur investissement de l’IA.

Les marchés actions européens devraient rester soutenus par des multiples de valorisation moins élevés alors que la croissance des BPA 2026 devrait dépasser les 10 %, alimentée par la montée en puissance de la relance en Allemagne, des investissements européens dans les industries de défense et la possibilité d’un cessez-le-feu en Ukraine. En France, le scénario d’une continuité parlementaire reste privilégié au détriment du risque de dissolution.

D’ici le début de l’été, l’attention des marchés financiers devrait porter notamment sur l’évolution du conflit au Moyen-Orient et du régime politique en Iran, l’évolution de l’économie américaine, l’évolution de la politique monétaire aux États-Unis et en Europe et le succès d’introductions en Bourse emblématiques aux États-Unis dans le domaine de la technologie (Space-X, OpenAI, etc.).