Pictet AM - Comment préserver et protéger au mieux nos forêts: en laissant faire ou en intervenant ?

03/04/2025 - source : Patrimoine 24

La gestion forestière durable améliore la capacité des arbres à absorber le carbone tout en étant une source de revenus et d’approvisionnement stable en bois, une matière première durable.

Épicéa, pin, ou encore hêtre, chêne et bouleau : l’Allemagne abrite différents types de forêts qui couvrent un tiers de sa superficie.

On pourrait croire que tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que l’on découvre que 2 millions d’hectares, soit près de 20% de sa surface souffrent désormais de la chaleur, des sécheresses, des parasites et des incendies de forêt.1  

Dans le centre du pays, plus de la moitié des forêts sont gravement dégradées, contre seulement 9% en 2017.2 Le problème, c’est que ce n’est pas un phénomène isolé. La santé des forêts se détériore en effet rapidement dans de nombreuses régions du monde, ce qui affecte leur capacité à stocker le carbone. Certaines se transforment même en sources d’émissions nettes, alors que normalement, les arbres absorbent le carbone lorsqu’ils poussent et le libèrent lorsqu’ils meurent. Mais la destruction des arbres, due à la déforestation, aux incendies ou à d’autres causes, signifie qu’ils libèrent plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en capturent.

Cette situation a conduit des scientifiques, des militants pour l’environnement, des propriétaires fonciers et des professionnels de la sylviculture à se réunir pour demander la protection et la restauration des régions boisées. Mais le consensus s’arrête ici. Ces groupes sont divisés, et parfois à couteaux tirés, sur la meilleure façon de rétablir la santé des forêts.

« Nous sommes à la croisée des chemins. En raison du changement climatique et de la mauvaise gestion, certains biomes forestiers commencent à libérer plus de carbone dans l’atmosphère qu’ils n’en séquestrent », déclare Christoph Butz, gérant d’investissement senior pour les actions thématiques chez Pictet Asset Management (AM).

« Cela donne lieu à un grand débat entre préserver les forêts et exploiter les forêts. »

De nombreux défenseurs de l’environnement penchent pour un concept progressif de réensauvagement, autrement dit de laisser les forêts tranquille et de laisser la nature se débrouiller. Développée à l’origine dans les années 1990, cette approche a gagné en popularité ces dernières années, mais a également fait couler beaucoup d’encre suite à l’échec de certains projets de grande envergure.

L’alternative au reboisement est d’« exploiter » les forêts.  Cela implique une gestion active et durable afin d’assurer un approvisionnement stable et générateur de revenus en bois tout en améliorant la capacité d’absorption du carbone des forêts et en fournissant d’autres services écosystémiques, tels que la filtration de l’eau, la régénération des sols ou la construction d’une défense contre les inondations.

 « Il faut faire quelque chose »

Ces deux stratégies présentent des avantages et des inconvénients, en fonction de la zone, des habitats et des espèces, ainsi que de l’utilisation actuelle des forêts. Par exemple, la protection des forêts primaires en faisant des réserves naturelles, dans des endroits tels que les forêts tropicales équatoriales ou les biomes des forêts boréales, aide à protéger et à restaurer des écosystèmes fonctionnant naturellement et à augmenter leur capacité de stockage du carbone.

« Certaines forêts primaires doivent être protégées pour toujours et rester intactes », explique Butz.

« Il peut même être judicieux de protéger certaines zones forestières sélectionnées, qui sont aujourd’hui gérées, par exemple pour relier des réserves forestières existantes ou pour préserver certaines caractéristiques écologiques exceptionnelles. »

Mais cela ne signifie pas qu’un réensauvagement généralisé de toutes les forêts, ce que préconisent certaines voix, apporte les plus grands bienfaits environnementaux.

« Arrêter la sylviculture sur des terres gérées durablement depuis des siècles est contre-productif », poursuit Butz.

Introduire des techniques de laisser-faire au mauvais endroit peut détruire complètement les forêts. C’est exactement ce qui s’est passé dans la région du Harz dans le nord de l’Allemagne.

Le Harz est passé de la déforestation au milieu du 20e siècle à des forêts protégées de monoculture d’épicéas, seules espèces disponibles en quantité suffisante après la Seconde Guerre mondiale.

Au fil des ans, le changement climatique et les sécheresses ont créé des conditions idéales pour la prolifération des scolytes. Au fur et à mesure que la nature a repris ses droits, ces coléoptères de la taille d’un grain de sésame ont envahi les bois et ont détruit en quelques années seulement plus de 10 000 hectares d’épicéa, soit près de 90%, transformant la région en un paysage lunaire et aride.

« Les arbres ont trois façons de réagir face aux changements de leur environnement. Ils peuvent migrer, s’adapter ou disparaître. Lorsqu’on laisse une forêt tranquille, c’est le début d’un long chemin vers un écosystème stable, mais il existe toujours un risque qu’elle soit attaquée par des insectes ou n’importe quelle autre menace », explique Michael Köhl, professeur de sylviculture mondiale à l’université de Hambourg.

« Mais voulons-nous vraiment attendre 200 ans ? Il faut faire quelque chose pour restaurer les forêts. Nous devons éviter que le scénario du Harz se répète », ajoute Köhl, membre du Conseil consultatif thématique de Pictet AM.

 

Pour consulter l'article dans son intégralité, cliquez ICI  

  

 

Pictet AM logo

Pour accéder au site, cliquez ICI.