Inter Invest se lance dans les produits structurés

01/06/2025 - source : Investissement Conseils

En avril dernier, le groupe Inter Invest lançait Solvest, une activité de broker en produits structurés qui s’ajoute à ses offres en Private Equity, Girardin industriel, nue-propriété immobilière et de distribution d’enveloppes bancaires, comme le PER. L’occasion d’aller à la rencontre de son président, Benoît Petit.

Inter Invest se lance 01Investissement Conseils : Pourriez-vous nous présenter votre groupe ?Benoît Petit : Inter Invest est un groupe familial créé par mon père, Daniel, en 1991, que j’ai rejoint en 2015. La société s’est spécialisée sur le dispositif Girardin industriel, marché sur lequel nous sommes leader, avec environ 40 % de part de marché pour 4,8 milliards d’euros financés depuis notre création. Aujourd’hui, nous disposons de neuf agences réparties dans les Dom-Com (Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte, île de la Réunion, Polynésie française et Nouvelle-Calédonie). L’an passé, nous avons réalisé un volume de collecte sur cette activité de 160 millions d’euros, en net retrait par rapport à l’année précédente, comme nos confrères, en raison d’une loi de finances 2024 qui a réduit les secteurs éligibles au dispositif. A mon arrivée, nous avons décidé d’entamer la diversification de nos activités pour rendre notre société plus robuste, avec comme volonté d’opérer sur des marchés de niche. Cela a consisté à la création d’une société de financement de TPE et PME d’outre-mer (crédit-bail et crédit relais), en utilisant le bilan du groupe et avec toujours un sous-jacent en garantie. Cette activité est donc complémentaire à notre métier d’origine, puisque les entreprises peuvent financer à 30 % leurs investissements via le dispositif Girardin et à 70 % via Inter Invest Financement. Toujours en 2015, nous avons lancé une société de gestion de portefeuilles dédiée aux actifs non cotés, aujourd’hui appelée Elevation Capital Partners (ex-Inter Invest Capital) via l’acquisition de K-Partners. Partie de zéro, nous aurons quasiment un milliard d’euros d’encours, fin 2025, et nous avons élargi notre champ d’action jusqu’à l’immobilier, avec notre SCPI accessible dès 3 000 euros. Il me paraît important de constamment innover. En 2018 a ainsi été créée une branche dédiée à l’immobilier physique, spécialisée dans la nue-propriété, Inter Invest Immobilier. En 2022, nous avons créé Mon PER, un plan d’épargne-retraite bancaire qui propose pour chaque versement une garantie de capital à échéance. Enfin, en ce début d’année, nous avons créé Solvest, une activité dédiée à la conception et la distribution de produits structurés. Aujourd’hui, Inter Invest compte deux-cent-cinquante collaborateurs, cent-quatre-vingt basés en métropole et soixante-dix en outre-mer. Toutes nos solutions d’investissement sont ouvertes à la souscription digitalisée. En effet, nous avons toujours prôné le zéro papier et cette fonction est totalement internalisée via une équipe de trente personnes à l’IT.Pourquoi créer un broker en produits structurés sur un marché aujourd’hui certes en expansion, mais très concurrentiel ?La création de cette activité résulte de ma volonté de saisir l’opportunité de travailler à nouveau avec Selim Mehrez, l’un des professionnels les plus reconnus dans le domaine, que j’ai connu à la Société générale où j’ai travaillé douze ans, il a ensuite rejoint Goldman Sachs, Morgan Stanley, puis Natixis en tant que responsable mondial des activités de marché. Solvest est un broker qui collabore avec les grandes banques françaises et internationales sur des produits de campagne et dédiés et tous types de sous-jacent (taux, crédit, indices, matières premières…). Pour notre premier exercice, nous avons comme intention de réaliser trente à cinquante millions d’euros de volume d’émission. Nous sommes des experts des produits structurés qui souhaitent apporter une vision différente de la classe d’actifs. Nous comptons construire des produits bien conçus sur le plan de l’ingénierie, tout en restant simples dans leur fonctionnement et bien sûr performants. Par exemple, nous luttons contre les produits avec indices à décrément que nous jugeons toxiques. Aucun investisseur n’en comprend le fonctionnement. Notre autre conviction est que les autocalls (protection à la baisse et gain limité) qui dominent actuellement le marché doivent être challengés par des produits qui protègent toujours les investisseurs en cas de baisse du sous-jacent, mais qui doivent être plus généreux à la hausse. Un premier produit sera lancé prochainement.Vos activités sur les actifs non cotés se développent fortement…Tout à fait. Nous avons collecté 250 millions d’euros l’an passé et nous portons l’ambition de collecter entre 300 et 350 millions d’euros cette année. Cette activité, qui est désormais notre première ligne métier en termes de collecte, repose sur trois verticales : - le Private Equity. Nous investissons en direct, en métropole et en outre-mer, en capital-développement, donc pour l’accompagnement de sociétés en forte croissance et rentables. Nous opérons également en co-investissement (FPCI Elevation Co-Invest). Nous disposons toujours d’une offre en outre-mer avec nos fonds d’investissement de proximité (FIP), dont le taux de défiscalisation reste protégé à 30 % (15 à 20 millions d’euros de collecte chaque année, soit une dizaine de lignes par millésime), mais aussi des fonds gérés pour des institutionnels (notamment pour le Crédit agricole). Troisième typologie d’activité : le capital-investissement immobilier avec les FPCI Capital Immo et FPCI Elevation Immo Remploi, mais aussi le FCPR Elevation Immo II accessible au grand public. Ici, nous accompagnons des marchands de biens et des promoteurs dans le financement de leurs opérations, lesquelles concernent généralement des résidences seniors, du coliving, du coworking ou encore de l’hôtellerie. Enfin nous assurons la gestion de fonds éligibles au dispositif du remploi de plus-value de cession (150-0 B ter du Code général des impôts) via nos fonds immobiliers, le FPCI Elevation Growth ou encore un fonds dédié à la chaîne alimentaire (FPCI Food Invest) ; - la multigestion créée en 2022. Nous avons débuté avec la gamme de fonds Miriad, accessibles à partir de 100 000 euros, qui mixent une sélection à deux tiers de fonds primaires et un tiers de fonds de secondaires afin d’aplatir la courbe en J et de rapidement délivrer de la performance. Les deux premiers véhicules ont permis de lever 100 et 150 millions d’euros. Le troisième millésime sera ouvert le 1er juin. Tous sont investis sur des fonds de Leveraged buy-out (LBO ou rachat avec effet de levier en français, ndlr) de grandes maisons de gestion européennes et américaines. La particularité des fonds Miriad est que les appels de fonds sont fixés à l’avance : quatre appels de 25 000 euros par an sur quatre ans. Nous proposons également le FPCI Elevation Secondary qui cherche à capter les opportunités du marché secondaire via la sélection de dix à quinze fonds spécialisés dans ce domaine et le FPCI Varsity Feeder Fund, un feeder d’un fonds de venture capital de Varsity Capital (principalement de l’amorçage) ; - en septembre 2024, nous avons lancé la SCPI Tertiom qui est la première société civile en placement immobilier dédiée à l’immobilier tertiaire en outre-mer. Sa capitalisation est aujourd’hui de 25 millions d’euros, et nous avons comme objectif de collecter une trentaine de millions d’euros cette année. Dans ce domaine, nous avons également créé un organisme professionnel de placement collectif immobilier (OPPCI) à destination d’investisseurs institutionnels réunionnais, ainsi qu’un fonds professionnel spécialisé (FPS) pour le compte de clients d’un family office réunionnais également. Comment a été accueillie votre SCPI ?S’agissant de la première SCPI destinée à l’outre-mer, elle couvre une zone où les rendements peuvent être parfois supérieurs à 12 % C’est donc notre performance – nous visons un taux de rendement interne (TRI) de 9 % sur dix ans et un taux de distribution net de frais de 8 % par an (hors fiscalité) – qui nous permettra d’accélérer notre collecte. Toujours est-il qu’elle permet d’investir, avec un équilibre entre les différentes zones (pas plus de 15 à 20 % par zone), sur des économies décorrélées de la métropole et qui ont chacune leur propre cycle. Nos derniers investissements seront, nous l’espérons, porteurs de performance : nous avons récemment acquis des commerces à la Réunion pour un rendement supérieur à 8 %, ainsi que des commerces en pied d’immeuble en Guadeloupe à un taux de plus de 10 %. Le fait d’être l’un des seuls investisseurs professionnels sur place nous permet de saisir de belles opportunités. Nous sommes ultramarins depuis trente ans, nous avons donc accès à de bons actifs !

Comment se porte votre activité sur le démembrement ? Comme les autres acteurs de l’immobilier, nous subissons la crise, avec une baisse d’environ 70 % de notre activité l’an passé. Les investisseurs manquent d’appétit pour l’immobilier, et pour le neuf en particulier. Nous disposons actuellement d’une belle offre, notamment à Saint-Malo, à Bordeaux, à Mougins et à Thonon. Pour quelles raisons avez-vous décidé de confier la gestion de votre PER à Shares ?En lançant notre PER bancaire, nous avons su faire preuve d’innovation, et les résultats sont au rendez-vous avec une collecte récurrente et des encours qui doublent chaque année. Néanmoins, nous avons souhaité sortir du métier de la gestion de titres qui nécessite d’importants investissements sur le plan technologique. La gestion de Mon PER a ainsi été confiée à Shares et nous sommes devenus le distributeur exclusif de Shares Pro, l’offre dédiée aux professionnels du patrimoine qui, outre notre PER, comprend également une offre en compte-titres et en PEA. Nous avons la conviction que le marché du titre va croître sur le long terme car les référencements y sont plus faciles qu’en assurance-vie et les frais moins élevés. Et qui sait si l’assurance-vie continuera de bénéficier de ses avantages fiscaux et successoraux ? Avec autant d’activités, comment fonctionnez-vous d’un point de vue commercial ?Nous avons mis en place une équipe de « product specialist » pour nos clients les plus importants. Elle est complétée par des commerciaux basés à Paris et en région, qui accompagnent nos partenaires sur l’ensemble de notre gamme. Au total, c’est une quinzaine de collaborateurs qui sont en soutien de nos partenaires. En outre, ces derniers disposent de l’ensemble des fonctionnalités nécessaires sur notre extranet, y compris des outils de simulation.

Quels sont vos objectifs ?Après avoir élargi nos activités, notre volonté est de faire grossir chacune d’entre elles pour qu’elles atteignent des tailles critiques. Notre collecte repose principalement sur les CGP, mais nous nous développons également bien auprès des banques privées et family offices. L’international, notamment pour le Private Equity, pourrait être un axe de développement, mais nous comptons aussi nous rapprocher des investisseurs institutionnels.