Désormais détenu par le groupe April, le groupe DLPK, bien connu pour sa plate-forme Nortia lancée il y a plus de trente ans, poursuit sa marche en avant autour de ces trois pôles : distribution, gestion et solutions d’investissement. Son président, Vincent Dubois, nous présente comment la structure s’intègre au sein d’April, sa vision du marché et ses perspectives de développement.
Profession CGP : Il y a un peu plus d’un an, vous finalisiez votre rapprochement avec le groupe April. Pourriez-vous nous rappeler les raisons de cette opération ?
Vincent Dubois : Tout à fait, en janvier 2024, nos deux groupes étaient entrés en négociations exclusives en vue de conclure un partenariat stratégique. Et l’accord s’est conclu en juillet, cette même année 2024. Il s’agissait de permettre au groupe DLPK d’accélérer sa croissance et de consolider son positionnement sur le marché français auprès des intermédiaires financiers, et d’assouvir nos ambitions mutuelles de croissance sur le marché de l’épargne et de la gestion d’actifs (en juillet 2022, le groupe April avait pris une participation au sein de Magnacarta, ndlr). L’objectif était aussi de mettre en commun nos expertises à destination de nos divers réseaux de distribution.
Ce rapprochement repose avant tout sur un ADN commun, très entrepreneurial, et une dynamique d’innovation partagés, notamment d’un point de vue digital.
Comment s’intègre DLPK au sein du groupe April ?
Avec April, nous opérons sur des métiers à la fois complémentaires et différents. April repose sur trois pôles : le plus important sur les segments de l’assurance-santé et de la prévoyance en France, l’IARD en France et dans plusieurs pays dans le monde, et l’assurance-santé internationale, un domaine en fort développement avec une distribution sur tous les continents. De son côté, DLPK veut être le quatrième pilier, celui dédié à l’épargne de la belle famille d’April.
Et DLPK s’est également réorganisé…
En effet, nous sommes nous-mêmes articulés autour de trois grandes verticales. Nous avons scindé nos activités de distribution avec Nortia d’un côté, et nos activités de gestion avec Nélia (Nélia Gestion et Nélia Titres) de l’autre. A cela s’ajoutent nos usines de solutions d’investissement.
Nortia représente aujourd’hui environ 12 milliards d’euros d’encours. Ici, nous nous appuyons sur nos partenaires assureurs historiques, en particulier AEP, AG2R La Mondiale, CNP et Spirica (assurances-vie, contrats de capitalisation et PER), et sur deux teneurs de compte pour la partie bancaire (comptes-titres et PEA). En assurance-vie, nos encours sont majoritairement investis en UC, à hauteur de 70 %, les fonds en euros représentant donc 30 % de notre stock.
En 2023, nous avons fait le choix de déplacer notre savoir-faire de gestionnaire en assurance-vie au sein d’une autre structure, Nélia Gestion. A aujourd’hui, celle-ci gère plus de sept cents enveloppes de contrats auprès de dix-sept assureurs, et officie donc pour Nortia, mais aussi pour d’autres distributeurs. De même sur l’offre bancaire, Nélia Titres, avec son statut de teneur de compte, propose en marque blanche des solutions dédiée. Epartim, structure d’épargne salariale, est également logée au sein de ce pôle avec différents canaux de distribution. A ces activités s’ajoute également Warold, activité de conseil et de gestion pour compte de tiers sur les solutions assurantielles luxembourgeoises.
Notre troisième pôle est dédié aux solutions d’investissement. Il regroupe :
- notre société de gestion de portefeuille Tailor Asset Management, qui compte environ 1,1 milliard d’euros d’encours. Sur cette activité, nous avons désormais une taille critique qui nous permet de répondre à des appels d’offres pour des mandats de gestion ;
- notre PSI spécialisé en produits structurés, Nexo Capital, avec un ADN institutionnel et de conseil ;
- notre offre immobilière Linavest, avec deux supports : la SCI Linasens (170 millions d’euros de capitalisation) et la SCPI Linaclub lancée en 2025. Ici, la gestion de ces deux véhicules a été confiée à la société de gestion Aestiam.
Le groupe compte aujourd’hui deux-cent-quatre-vingts personnes réparties sur trois sites : Roubaix, notre siège qui regroupe les activités de gestion, les fonctions supports, entre autres, Paris, où sont basées surtout les usines de solutions d’investissement et une partie des équipes commerciales, et le Luxembourg pour la partie internationale.
Quelles synergies avez-vous mises en place depuis un an ?
Au niveau du groupe, nous continuons d’investir massivement sur nos systèmes informatiques. Bien sûr, nous prenons le sujet de l’intelligence artificielle à bras-le-corps et il s’agit d’un formidable outil de gains de productivité. Mais nos investissements concernent également notre cybersécurité. C’est également un vrai enjeu pour l’avenir, aussi bien pour notre groupe que pour l’ensemble des acteurs de notre écosystème.
Chez DLPK, comme d’autres, nous subissons quotidiennement de multiples attaques souvent très violentes. Ces sujets sont traités de façon très étroite avec April.
S’agissant des produits, des synergies ont déjà été mises en place, notamment au niveau de l’épargne salariale. Aussi, nous gérons également le PERin récemment lancé par April Santé Prévoyance et qui a connu un bel accueil de la part des courtiers. Conçu conjointement par nos équipes, April PERin Avenir, assuré par Suravenir, est le premier PER distribué par les dix-sept mille courtiers partenaires du groupe en France, avec un parcours digital simple et intégré dans l’extranet April On. Cette solution est accessible au plus grand nombre, à partir de 1 000 euros, avec le choix entre une gestion libre, sous mandat et/ou à horizon.
Du côté des assureurs, nous avons des partenaires communs, mais nous ne dialoguons pas avec les mêmes branches d’activité. Notre volonté est, via des projets-cadres, d’établir des accords plus globaux avec eux.
Nous avons aussi des réflexions communes, notamment sur l’international qui représente aujourd’hui plus de 20 % de l’activité du groupe.
Nortia pourrait-il s’intéresser directement aux courtiers ?
Non. Le courtage est un métier adressé directement par les équipes d’April, avec une belle marque bien établie. Nortia reste donc concentré sur le segment des conseillers en gestion de patrimoine.
Un mot sur votre collecte réalisée en 2025 pour DLPK ?
L’année a été positive, quel que soit le métier exercé.
Pour Nortia, la collecte brute a atteint environ 2 milliards d’euros, avec un équilibre entre l’assurance-vie et l’épargne bancaire (principalement le compte-titres). Nous affichons donc une progression de l’ordre de 25 % par rapport à l’année 2024, dans un marché de l’épargne lui aussi en bonne forme. Cette croissance s’explique aussi par la réorganisation de notre équipe commerciale et de notre back-office. Notons aussi que la dynamique a été très porteuse en termes de souscriptions de nouveaux contrats, à hauteur de + 70 % en assurance-vie et + 50 % en compte-titres.
Notre collecte nette s’établit, quant à elle, entre 750 et 800 millions d’euros. Elle est, elle aussi, en forte progression grâce à notre collecte brute, mais aussi car, dans le même temps, les retraits ont été inférieurs qu’historiquement.
S’agissant de Warold, cette activité est en pleine expansion, avec une collecte nette par exemple de plus 200 millions d’euros sur le métier des tiers-gérants, ce qui montre un bon dynamisme du marché.
Pour Tailor AM, la collecte a atteint une soixantaine de millions d’euros l’an passé. Cette dernière a notamment été orientée sur deux fonds actions : Action Entrepreneurs et Actions Avenir. Par ailleurs, les performances ont été au rendez-vous l’an passé, que ce soit sur les fonds obligataires, actions que diversifiés.
Enfin, de son côté, Nexo Capital a émis pour plus de 600 millions d’euros de produits structurés l’an passé sur la partie retail. Ici, nous avons également pris de nouvelles parts de marché, avec une hausse de 20 % du volume d’émissions dans un contexte plutôt stable.
En matière d’assurance-vie, comment s’oriente la collecte ?
La collecte brute reste équilibrée entre fonds euros (51 %) et unités de compte (49 %). Ces dernières années, l’actif en euro a repris des couleurs, notamment grâce aux offres bonifiées. Sur la poche UC, les produits structurés sont toujours plébiscités par les CGP, même s’il y a eu moins de rappels que l’an passé avec de nombreux produits de taux. Nous constatons ainsi un volume d’émission stable à hauteur de 1,4 milliard d’euros dans le périmètre Nortia, ce qui reste un niveau très élevé.
Viennent ensuite les fonds obligataires, notamment datés et les fonds monétaires. Sur la fin d’année dernière, on observe une reprise modérée sur les fonds actions.
De leur côté, les fonds immobiliers se redressent quelque peu, mais les flux restent bien en deçà de ce que nous avons connu avant la hausse des taux.
Et sur les comptes-titres ?
Ici, les produits structurés sont également en tête, avec une hausse du nombre de produits référencés, ce qui reflète la diversité de l’offre et la solidité de la demande. L’obligataire, via des fonds à duration courte et des fonds datés, a connu une progression en fin d’année dernière.
On note également un retour des investisseurs pour les fonds actions, mais aussi pour l’or, tandis que la gestion alternative a continué de gagner du terrain.
Un mot sur votre offre d’épargne salariale, Epartim ?
Sur le marché des CGP, cette activité est dominée par un acteur. Avec Epartim, notre offre se veut différenciante car très axée sur la RSE. Notre volonté est de proposer des supports qui ont du sens. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si la dirigeante de cette offre est notre DRH…
Quel regard portez-vous sur le dynamisme du marché des CGP ?
Chez Nortia, nous attirons toujours de nouveaux partenaires CGP. Il s’agit aussi bien de petits, moyens ou gros acteurs, y compris des consolidateurs.
La consolidation se poursuit et nous l’accompagnons avec notamment la mise en place d’outils dédiés. Parallèlement, de nombreuses structures se créent chaque année. Nous avons même des collaborateurs qui se sont d’ailleurs lancés récemment. On peut noter qu’il existe toujours une grande richesse d’acteurs, avec des profils divers, mais qui se positionnent toujours comme de vrais entrepreneurs.
Cette double dynamique – nouveaux venus et consolidateurs qui grossissent rapidement – démontre que le marché des CGP dispose de belles perspectives de croissance. Le temps est venu pour que la profession franchisse un cap, en se rapprochant encore plus des leaders du marché français de l’épargne.
Parallèlement, on observe également que la distribution digitale est, elle aussi, en forte croissance.
La consolidation n’est-elle pas une menace pour un courtier-grossiste comme DLPK ?
Non, et nous sommes même le premier partenaire chez certains consolidateurs ! Sur l’épargne bancaire, avec nous, ils disposent de deux teneurs de compte, dont Nélia Titres issue du groupe DLPK qui offre une très forte expertise du métier.
Du côté assurantiel, avec Nortia, nous gérons pour eux à la fois des enveloppes et des relations assureur, le tout en ayant développé des outils spécifiques pour gérer des milliers de contrats et des centaines d’enveloppes. Nous avons aussi des partenaires qui font appel aux prestations de Nélia Gestion pour assurer la bonne administration des contrats, notamment ceux en run-off.
Avec nous, les consolidateurs rationalisent leurs partenariats, tout en diversifiant leurs fournisseurs.
S’agissant des nouveaux entrants, vous avez lancé Incubateur by Nortia lors de l’édition de Patrimonia 2022. Avec ces quelques années de recul, quel bilan pouvez-vous en tirer ?
Trois sessions sont organisées chaque année. A chacune d’entre elles, ce sont une quarantaine de personnes attirée par ce métier qui se réunissent. Notre objectif est ici de promouvoir la profession grâce et pour laquelle nous avons été créés il y a plus de trente ans. Il ne s’agit pas de faire la promotion de notre offre, mais de susciter des vocations d’entrepreneurs en leur permettant de suivre les interventions d’autres fournisseurs, d’assureurs, de CGP historiques du marché…
La base de la profession de CGP reste d’assurer un bon suivi des clients ; et les freins liés à la réglementation se lèvent de plus en plus, les outils pour y faire face étant de plus en plus performants.
S’ils sont nombreux à assister à nos sessions, tous ne franchissent pas le pas tout de suite : certains le font quelques années après.
L’international est-il un objectif à court terme pour DLPK ?
Nous avons déjà un pied au Luxembourg avec Warold, et nous regardons ce qui se passe de très près sur le marché. Dans les années à venir, nous pourrions accélérer, par exemple en déployant notre outil dédié au compte-titres au niveau européen. Cela pourrait également passer par l’acquisition de gestionnaires semblables à Nélia Gestion.
Quelles sont vos perspectives pour l’année qui vient de débuter ?
Pour 2026, nous sommes confiants. Nous devrions innover en lançant de nouvelles structurations assurantielles avec nos partenaires assureurs. Par exemple, il s’agira de proposer une solution spécifique aux actifs non cotés, en utilisant la livraison en titres afin d’ôter la contrainte de l’illiquidité pour les assureurs. Ce qui nous anime chez DLPK, c’est de soulever ce type de problématique juridique, d’y répondre afin que notre marché continue sa progression.
Parallèlement, nous travaillons sur des offres dédiées pour Nortia sur les fonds en euros de nos contrats. Des bonus UC seront proposés, notamment pour récompenser la fidélité des souscripteurs. Nous l’avons proposé l’an passé sur nos contrats Panthéa et Enedia, avec un bonus UC délivré au bout de trois années.
Ce qui anime l’ensemble de nos équipes est d’obtenir la satisfaction de nos partenaires et de leurs clients sur le long terme, tout en prenant du plaisir à innover, que ce soit en termes de produits que de distribution.