Rarement, ces quatre-vingt dernières années, les urnes allemandes n'avaient été scrutées de si près. Certes, la victoire de la CDU qui devrait désormais former un gouvernement de coalition, était attendue. Mais la montée en puissance de l'AfD a donné, ces derniers temps, quelques sueurs froides à l'Europe. Surtout dans le chaos géopolitique actuel où le grand frère américain, via Elon Musk et JD Vance, a affiché son soutien au parti d'extrême droite.
Une prise de position aux allures d'ingérence confirmant que l'administration Trump n'est pas pour la paix des ménages. Un coup de tocsin, surtout, enjoignant outre-Rhin à une mobilisation politique pour remettre sur pied l'ex-première puissance économique devenue, en trois ans, l'homme malade de l'Europe. Tout d'abord, en réformant le pays pour lui donner les moyens financiers de faire à nouveau battre son pouls économique. Et, pour cela, en finir avec les bigoteries budgétaires - héritées d'une hyperinflation datant d'un siècle - en exorcisant les névroses de la ménagère souabe sur l'autel de la croissance et, donc, de l'endettement.Il s'agit aussi pour l'Allemagne de retrouver sa place dans le concert européen. Pas le temps de faire son deuil du grand frère américain passé, la semaine dernière, à l'ennemi sur le front ukrainien, écrasant de sa semelle ce qu'il restait d'Atlantisme sur le Vieux continent. Après avoir perdu son fournisseur de gaz puis son mentor de toujours, le pays n'a d'autre choix que se donner corps et âme à l'Europe. En sortant rapidement de sa sidération pour rejoindre le projet d'une défense européenne. Avec un leitmotiv : si vis pacem, para bellum. À en croire les marchés (graphique), la sécurité se dessine désormais comme le point de départ du renouveau européen. Son impérative nécessité n'aura d'ailleurs pas tardé à tordre le cou aux évangiles budgétaires. Appelant les vingt-sept à en faire un très gros poil plus et d'oublier leurs autorisations de découvert, Ursula von der Leyen proposait même, lundi dernier, de sortir les dépenses de défense du calcul du déficit public. Un grand pas en avant vers - qui sait - la fin d'une orthodoxie financière obsolète devenue une entrave majeure au renouveau de la vieille Europe.
Le graph. de la semaine : Les secteurs aéronautiques et de défense européens devancent le marché actions
Source : Datastream, 31/12/2024 - 20/02/2025, chiffres rebasés à 100 en USD
Suivant la tendance qui prévaut depuis le début de l'année, l'orientation des marchés ne traduisait pas grand-chose la semaine passée, si ce n'est un manque évident d'orientation. Comme le compartiment obligataire, les actions enregistrent une baisse hebdomadaire relativement mesurée. Mais si, dans le contexte actuel, les investisseurs manquent clairement d'appétit pour le risque, ils n'en délaissent pas pour autant les matières premières qui signent la plus forte hausse des classes d'actifs. Ce malgré des cours du pétrole hésitants qui se stabilisent autour de 74-75 dollars le baril (de Brent). En dépit de nouveaux records au-delà des 2 950 dollars l'once, l'or se stabilise également sur la semaine.
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