Edmond de Rothschild AM - Derrière une apparente résilience germent des zones de fragilités

17/10/2025 - source : Patrimoine 24

L’économie mondiale aborde cette fin d’année avec une apparente sérénité que peu d’observateurs auraient osé prédire au cœur des tensions commerciales du printemps. 

BENJAMIN MELMANBenjamin Melman, Global Chief Investment Officer, Asset Management

Six mois après le Liberation Day, les chiffres de la croissance mondiale résistent en dépit de certaines disparités mondiales, avec une estimation autour de 2,9 % selon le FMI pour 2025 et 2026, soit un rythme inchangé par rapport à 2024. L’environnement est pourtant lesté par des droits de douane renforcés, un endettement record tant aux États-Unis, au Royaume-Uni qu’en France ou même au Japon avec une nouvelle relance budgétaire en vue, et une inflation persistante, laquelle demeure au-dessus des cibles de la Fed depuis plus de quatre ans. Les ÉtatsUnis continuent ainsi d’afficher une vigueur supérieure à celle des autres grandes économies, avec une progression du PIB estimée à 2,2 %. Les dépenses d’investissement sont surtout portées par l’IA tandis que les investissements résidentiels restent à la peine. La consommation reste robuste au global mais les ménages les moins aisés montrent des signes de faiblesse tandis que les 10 % les plus aisés représentent 50 % de la consommation, bénéficiant de l’effet richesse que procure un S&P au plus haut, autant de signes que la demande privée est moins homogène qu’il n’y paraît. L’Europe demeure quant à elle engluée dans une reprise hésitante sous le nouveau leadership de l’Allemagne qui cherche à accélérer sa réponse budgétaire. Mais les délais d’implémentation restent longs et les plans de relance ne soutiennent pas encore l’investissement à ce stade. Le nouveau cap est tout de même donné. 

Jusqu’ici, les marchés financiers poursuivent leur ascension imperturbable dans le sillage de la reprise du cycle d’assouplissement monétaire de la Fed et de l’essor de l’Intelligence Artificielle tandis que la volatilité reste exceptionnellement basse et les flux vers les fonds actions progressent. Emblématique de cette phase d’hyper-concentration des indices, les actions liées à l’IA expliquent près des trois quarts de la performance du S&P 500 depuis le lancement de ChatGPT en 2022.

Les premiers craquements 

Derrière cette façade apaisée se dissimulent pourtant les premières fissures. 

Primo, le marché de l'emploi américain se détériore, comme en témoigne la révision à la baisse significative des créations d'emplois. Leur rythme de croissance annuelle est désormais inférieur à 1 %, un niveau historiquement bas hors périodes de récession. Le constat est encore plus inquiétant quand on distingue entre emploi public et privé, ce dernier secteur ayant fortement décru en termes absolus et relatifs. 

Deuxio, la résurgence des tensions sino-américaines se superpose au risque de l’emploi américain suite à l’annonce par Donald Trump de nouveaux droits de douane de +100 % sur toutes les importations chinoises à partir du 1er novembre, assortis de restrictions d’exportation massives sur les produits chinois et sur les logiciels jugés critiques. Pékin, de son côté, venait de présenter son propre arsenal protectionniste avec de nouvelles règles d’exportation sur les terres rares imposant une autorisation préalable pour toute entreprise étrangère manipulant des composants contenant ne serait-ce qu’un fragment de minerai chinois. Si la surtaxe entrait en vigueur, on approcherait d’un quasi-embargo commercial entre les deux premières puissances mondiales, ce qui fragiliserait les chaînes d’approvisionnement globales.

 

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