Carmignac - Perspectives 2026 : L'Art de la fugue

12/12/2025 - source : Patrimoine 24

Perspectives économiques :

La croissance mondiale restera inchangée à 3%, toujours soutenue par l’investissement en IA, les dépenses de sécurité nationale et les largesses budgétaires.

Cette croissance faible et inégale entretient les pressions populistes et pousse les gouvernements davantage sur la voie du laxisme budgétaire, avec la complicité de banques centrales contraintes par leur mandat de stabilité financière.

États-Unis : relance tous azimuts (fiscale, monétaire, dérégulation bancaire) par un Trump aux abois à l’approche des mid-terms.

Zone euro : réaccélération grâce au plan Merz et à l’absence d’ajustement en France. BCE toujours attentiste face à la lenteur de la désinflation – sauf emballement du marché des OAT.

Chine : le 15e plan quinquennal réaffirme la priorité à l’économie de guerre. Néanmoins, un nouveau stimulus budgétaire est indispensable pour maintenir la croissance à 4%. Un excédent commercial géant permet de monétiser les déficits sans fragiliser la devise.

Japon : nous nous attendons à ce que la relance Takaichi et les pressions politiques sur la banque centrale forment un cocktail détonnant pour l’obligataire nippon. Les marchés forceront un virage abrupt de politique, menaçant au passage un débouclement désordonné des positions de portage en yen.

Stratégie d’investissement :

Une croissance résiliente, soutenue par une politique budgétaire généreuse, ne peut occulter la dynamique de fin de cycle et les valorisations élevées. Les actions et les obligations restent les classes d'actifs les plus attractives, mais la prudence s’impose vis-à-vis des obligations souveraines.

La concentration des moteurs de la croissance mondiale (IA, défense, largesses budgétaire) renforce la nécessité d’une diversification maximale entre secteurs et zones géographiques.

Une inflation persistante, l’activisme budgétaire et des corrélations instables entre actions et obligations exigent une stratégie d’investissement plus agile et plus sélective, où l’initiative prime sur l’attentisme et le passivisme.

Actions : une stratégie barbell combinant les leaders technologiques avec des valeurs défensives de la santé et de la consommation pour capter les deux opposés d’une économie à deux vitesses.

Obligations et devises : les obligations souveraines de maturité longue émises par des pays aux finances publiques dégradées ne présentent guère d’attrait, tandis que les obligations indexées à l’inflation, le crédit de qualité, ainsi que les devises soutenues par la demande de matières premières essentielles ou par une discipline budgétaire offrent un couple rendement/risque attractif.

Management Team Gallardo RaphaelPerspectives économiques - Raphaël Gallardo, économiste en chef Croissance mondiale : de l’IA, des canons et des dettes

2026 devrait connaître une croissance équivalente à celle de 2025, autour de 3 %, un léger mieux dans les pays développés compensant le ralentissement des géants asiatiques (Chine et Inde). Pas de changement non plus parmi les moteurs de cette croissance, limités au triptyque IA, dépenses de sécurité nationale (défense, sécurisation des chaînes d’approvisionnement) et creusement des déficits publics.L’absence d’accélération, malgré la poursuite des assouplissements monétaire et fiscaux s’explique par quatre vents contraires : persistance des tensions géopolitiques (tarifs, Russie, Taïwan, Venezuela), durcissement des conditions de crédit sur le marché de la dette privée, tensions sur les marchés monétaires (taux repos), et élargissement des primes de terme obligataires.

États-Unis : de l’économie en « K » à la reprise en « V »

Après une année de chocs politiques, l’économie devrait réaccélérer vers les 2% grâce aux provisions fiscales de la Big Beautiful Bill et aux récents assouplissements monétaires de la Fed. L’offre potentielle étant contrainte par les droits de douane et l’absence d’immigration, l’inflation se maintiendra autour de 3%. Cette embellie conjoncturelle ne suffira pas à redresser la cote de popularité de Trump ni à éviter une débâcle républicaine aux élections de mi-mandat.

L’une des causes du blues persistant des électeurs est que les effets de richesse issus du marché actions ne suffisent plus à entretenir le rêve américain. Outre sa concentration au sommet de la pyramide des revenus, cette richesse boursière issue de l’IA est, à tort ou à raison, perçue par les jeunes et une grande partie de la classe moyenne comme le reflet de la dévalorisation de leur propre capital humain. L’IA étant perçue comme une technologie de substitution au travail, les profits de l’IA escomptés aujourd’hui à Wall Street reflèteraient les futurs licenciements sur Main Street. Les anticipations de hausse du chômage sont au même niveau qu’au début de la crise financière de 2008.

Dès lors, on peut s’attendre à ce que Trump pousse encore plus loin le curseur des politiques de stimulation, via des transferts directs aux ménages (subventions pour l’achat d’assurance santé, chèques de redistribution des droits de douane), une pression maximale sur la Fed et un nouveau train de déréglementation bancaire. Une paix bâclée en Ukraine et un changement de régime au Venezuela semblent vraisemblablement au menu, dans le but de comprimer le prix de l’essence à 2 dollars le gallon.

Avec un déficit budgétaire en hausse et un raccourcissement de la maturité des émissions du Trésor, la Fed n’aura d’autres choix, au nom de la stabilité financière, que de relancer le QE pour éviter une implosion du marché du repo (emprunts courts collatéralisés), parachevant ainsi l’entrée dans un régime de dominance budgétaire.

Zone euro : unis dans la relance

Les moteurs traditionnels de la croissance — exportations et investissement privé — sont structurellement affaiblis, mais un activisme budgétaire synchronisé devrait garantir une reprise convenable l’an prochain. L’Espagne est en réalité le seul pays à combiner vertueusement investissement privé et exportations de services à forte valeur ajoutée ; mais ce dynamisme tient pour beaucoup à un afflux massif d’immigration qualifiée en provenance d’Amérique latine, un atout qui ne durera pas éternellement et qui ne peut être reproduit par ses voisins. Partout ailleurs, l’impulsion budgétaire est le seul levier. La générosité du plan NGEU1 continuera d’irriguer la périphérie jusqu’en 2027. La France repoussera une nouvelle fois l’heure de l’ajustement, avec la bienveillante indifférence de marchés obligataires trop complaisants. Et l’Allemagne s’installera en tête de file des grandes puissances laxistes, avec le plan Merz d’une ampleur historique. Après un second semestre 2025 poussif, la croissance devrait rebondir vers un modeste mais acceptable 1,2%.

 

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