Quel rôle l’IA jouera-t-elle dans la révolution électrique ?
L’électricité alimente le progrès humain depuis des siècles, et pourtant elle ne représente encore qu’environ 20 % de la consommation énergétique mondiale.[1] Malgré des années d’urgence climatique, l’électrification reste en retard par rapport à ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Mais une nouvelle force est en train d’entrer en jeu – une force qui se nourrit d’électrons et qui connaît une croissance fulgurante : l’IA.
Cette dynamique permettra-t-elle enfin de déclencher la révolution de l’électricité tant attendue ? Ou viendra-t-elle au contraire perturber la transition énergétique ?
Des fossiles aux électrons : une transition en mouvementLa part de l’électricité dans la consommation énergétique mondiale est passée de 15 % en 2000 à environ 20 % aujourd’hui, et la demande d’électricité a augmenté deux fois plus vite que la consommation globale d’énergie au cours de la dernière décennie.[2] Les progrès sont réels, mais encore insuffisants pour atteindre l’objectif de Zéro émission nette (Net Zero).
L’électrification est au cœur de la transition énergétique, car l’électricité est la forme d’énergie la plus facile à décarboner. Même si la baisse des coûts des énergies renouvelables et les politiques publiques favorables soutiennent la progression, certains secteurs dits « hard-to-abate », dans lesquels il est difficile de réduire les émissions (ciment, acier, verre), restent lents à électrifier en raison de contraintes techniques et économiques.
Le bilan est plus contrasté dans les transports. Les voitures particulières s’électrifient rapidement : les ventes de véhicules électriques devraient dépasser les 20 millions d’unités en 2025 (environ 25 % des ventes mondiales).[3] Si cette dynamique se poursuit, les émissions liées aux voitures pourraient s’aligner sur un scénario de zéro émission nette d’ici 2030, l’un des rares domaines sur la bonne voie. En revanche, l’aviation, le transport maritime et le fret longue distance accusent un retard considérable.
Les énergies renouvelables ont été le principal moteur de l’électrification, passant de 20 % à 33 % de la production d’électricité mondiale en moins d’une décennie. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les énergies renouvelables atteindront 20 % de la consommation finale d’énergie d’ici 2030, contre 15 % aujourd’hui.[4] Pourtant, la décarbonation est globalement lente, en particulier dans l’industrie et les transports, où les préoccupations géopolitiques et de compétitivité l’emportent encore sur les objectifs climatiques.
Alors que la diplomatie climatique s’essouffle, un nouvel acteur a fait son apparition : l’intelligence artificielle. Ses besoins électriques en forte hausse pourraient bousculer le paysage énergétique – potentiellement en accélérant la transition, ou au contraire en la compliquant.
L’IA va-t-elle transformer la transition électrique en révolution ?L’intelligence artificielle, même si elle en est encore à ses débuts, est déjà en train de remodeler les systèmes électriques mondiaux. Sa croissance rapide accroît la demande d’électricité, en particulier en provenance des centres de données, et transforme la manière dont l’énergie est produite et consommée. Cette flambée pose des défis aux marchés de l’énergie et pourrait ralentir les progrès vers les objectifs climatiques, avec des impacts à long terme encore incertains.
En 2024, les centres de données ont utilisé environ 415 térawattheures (TWh) d’électricité (environ 1,5 % de la consommation mondiale[5]). L’AIE prévoit que cette demande devrait plus que doubler d’ici 2030 pour atteindre 945 TWh, une estimation qui reste prudente par rapport à d’autres prévisions. Certaines estimations à plus long terme suggèrent que la demande des centres de données pourrait bondir à 3 500 TWh d’ici 2050, soit un niveau comparable à la consommation totale actuelle de l’Inde et du Moyen-Orient réunis. Le consensus des prévisionnistes est clair : l’IA sera, au début du 21e siècle, le principal moteur de la croissance de la demande d’électricité.
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Par Alix Chosson, Lead ESG Analyst - Environmental Investments & Research et
Sandrine Coujan, Senior Fund Manager - Analyst
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