L’Europe est confrontée à des transformations majeures. Après cinq décennies de mondialisation continue et d’ouverture des échanges commerciaux, l’intégration mondiale ralentit, voire même s’inverse dans certains domaines. La montée des tensions géopolitiques – de la guerre entre la Russie et l’Ukraine à l’affirmation croissante de la Chine, en passant par l’évolution des relations transatlantiques – accélère la transition d’une mondialisation unifiée vers un monde multipolaire. Parallèlement, les avancées technologiques rapides redessinent les économies et les sociétés, créant à la fois des opportunités inédites et de nouvelles formes de dépendances, plus complexes.
Le Rapport DraghiEn 2024, l’ancien président de la BCE Mario Draghi soulignait l’urgence de renforcer la compétitivité économique européenne, formulant plus de 300 recommandations dans des secteurs clés. Le rapport[1] mettait en évidence trois priorités essentielles : combler le déficit d’innovation pour relancer la croissance et lutter contre le déclin de la productivité dans un contexte de changements démographiques, réduire les dépendances stratégiques, et préserver les intérêts et le bien-être des citoyens européens.
En réponse, l’autonomie stratégique européenne s’est imposée comme une priorité majeure, l’Europe cherchant à gagner en indépendance en matière de politique, de sécurité et de prise de décision économique.
Pourquoi l’autonomie stratégique est-elle si vitale pour l’Europe ?L’autonomie stratégique sous-tend la capacité de l’Europe à défendre ses intérêts dans un monde de plus en plus incertain. Les tensions géopolitiques, les ruptures technologiques et les interdépendances économiques ont mis en évidence des vulnérabilités – de la dépendance énergétique et de la fragmentation des capacités de défense à la dépendance aux technologies étrangères et aux matières premières critiques. Au fond, l’enjeu est la capacité de l’Europe à agir de manière indépendante en matière de défense, de politique étrangère, d’économie et de technologie, sans dépendre excessivement de puissances extérieures.
L’affirmation croissante de la Chine, l’imprévisibilité de la politique étrangère des Etats-Unis et la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont souligné l’urgence d’une Europe plus autonome. Ces évolutions ont mis en évidence la dépendance de l’UE vis-à-vis de l’OTAN et des États-Unis pour sa défense et sa sécurité.
La forte dépendance de l’UE au gaz russe[2] est apparue comme une vulnérabilité majeure après le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Ce choc a mis en évidence la nécessité stratégique pour l’Europe de mieux contrôler sa production et da distribution d’énergie – accélérant la transition vers les énergies renouvelables, la diversification des importations, le renforcement de la résilience du réseau électrique et la réévaluation du rôle de l’énergie nucléaire dans un mix énergétique équilibré.
L’Europe continue d’être distancée par les États-Unis et la Chine dans les technologies critiques telles que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et le cloud computing, créant des risques économiques et de sécurité. Pour parvenir à une autonomie stratégique, l'Europe doit sécuriser son infrastructure numérique, protéger ses données et garder le contrôle de ses capacités technologiques essentielles. Le rythme rapide du changement technologique génère simultanément de nouvelles opportunités et de nouvelles dépendances, révélant des vulnérabilités structurelles dans les domaines de la défense, de l’énergie, de la technologie et des chaînes d’approvisionnement.
La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier dans les secteurs pharmaceutique, des équipements médicaux et des semi-conducteurs. Entre 60 % et 80 % des principes pharmaceutiques actifs sont produits en dehors de l’UE[3], tandis qu’environ 60 % de l’énergie[4] européenne et des matières premières les plus critiques, telles que les terres rares et les aimants permanents, sont importés. Le rapatriement ou la diversification de la production et de l’approvisionnement sont désormais jugés essentiels à la résilience à long terme et à l’autonomie stratégique de l’Europe.
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Article rédigé par Sylvain De Bus, Deputy Head of Global Bonds / Quentin Duquesne, CFA, Equity Analyst
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