APICIL AM - La lettre mensuelle des marchés : Les investisseurs misent gros sur l’Europe

14/02/2025 - source : Patrimoine 24

Départ en trombe pour les indices européens, laissant quasiment à la case départ les autres bourses mondiales, mais également l’obligataire. L’Euro Stoxx 50 s’est offert une belle hausse de +8%, égalant sa progression de l’ensemble de l’année 2024 ! Les actions européennes ont été portées par un repositionnement massif des investisseurs (et une expansion des P/E, indicateur de cherté).

Nouvelle année oblige, les allocataires ont mis en place certaines rotations géographiques. Selon l’enquête BofA le niveau des allocations en actions de la zone euro atteignent un niveau inédit de 10 ans, dans un mouvement non égalé depuis 25 ans. Le sentiment que le pire était déjà intégré dans les cours a permis un certain dégonflement, d’une prime liée aux risques « made in Europe ».Les bons résultats du luxe, notamment de Richemont (qui a publié une croissance de +10% de ses ventes), suivis de Burberry, ont fait naître des espoirs pour l’ensemble du secteur. La promesse d’un rebond de la consommation chinoise se cache derrière cette flambée. Le CAC 40 parisien, où les fleurons du luxe occupent une place centrale, bénéficie d’un élan bienvenu.Les actifs français ont également été dopés par l’atténuation des incertitudes politiques Le nouveau gouvernement Bayrou se dote d’un budget 2025 (au prix de concessions fortes avec la gauche), ce qui contribue à nettement détendre l’écart de rendement OAT Bund.Les élections allemandes animeront prochainement les esprits. Après deux années de récession, les préoccupations des agents ont changé. Pour l’heure, le parti CDU/CSU (conservateur) se démarque dans les sondages. Le système électoral étant largement proportionnel, aucun parti ne peut aspirer à gouverner seul. 4 des 3 précédents gouvernements de Merkel sont issus d’une coalition CDU/CSU SPD (sociaux-démocrates). Le jeu des alliances ne laisse pas de place à beaucoup de scénarios. Les Allemands ont l’habitude des compromis. Pour les marchés, l’enjeu réside dans la possible modification du frein à l’endettement, instauré dans la constitution. Celui-ci limite le déficit structurel du gouvernement fédéral à 0,35% du PIB. Pour le moment, l’ensemble des partis restent flous sur le sujet. Il ne faut pas s’attendre, selon nous, à un changement drastique dans la politique allemande.Sur le front géopolitique, les choses semblent pour l’heure se stabiliser. Moscou et Kiev pourraient être amenés à discuter. Le nouveau locataire de la Maison Blanche s’est entretenu avec son homologue Vladimir Poutine. Parallèlement, un cessez le feu à Gaza a été négocié. Donald Trump s’est également invité dans les discussions. Il propose le contrôle de la bande de Gaza et apporte un soutien indéfectible à Ben Netanyahou, qu’il a reçu à Washington.Depuis sa prise de fonction, Donald Trump s’est d’abord concentré sur ses voisins (Mexique, Canada et même Colombie) et sur son adversaire de toujours (Chine). Brandissant la menace tarifaire, il obtient des concessions sur le volet migratoire : militaires aux frontières, avions de migrants, discours fermes... Le premier acte de Trump 2.0 cherche à rassurer son électorat sur des faits visibles (mais peu auditables, puisque l’on parle ici d’immigration illégale, par nature pauvre en statistiques…). Dans cette optique, les droits de douane sont utilisés comme l’arme ultime de négociation.Quels autres enseignements peut on tirer des premiers pas du 47ème président des États Unis ? C’est le début de l’ère de la dérégulation tant promise. Le président Trump a signé une série de décrets exécutifs sans précédent (autant de décrets en quelques jours que l’ensemble signés par Biden lors de son mandat). Dans les administrations, une purge a débuté, Rohit Chopra, patron de la lutte contre les mauvaises pratiques financières, a été limogé. Les hauts fonctionnaires fédéraux ont reçu un e mail du département de l’efficacité gouvernementale, dirigé par Elon Musk, les invitant à quitter leurs fonctions. Si un tel remaniement est habituel lors d’un changement de couleur du pouvoir, la rapidité interroge.Ailleurs dans l’actualité, l’ensemble de l’écosystème IA a frémi face à DeepSeek, la promesse chinoise d’un agent conversationnel aussi performant à bas coût (énergétique, en puce, en entraînement…). Nvidia recule de 11,5% en janvier. Nous ne voyons pas l’arrivée d’un nouveau concurrent sur le devant de la scène IA comme une menace pour la thématique. Au contraire, le besoin en puces pourrait profiter d’une demande plus large. La diffusion de l’IA au reste de l’économie, notamment dans l’industrie, jouera un rôle central pour la productivité des pays.

 

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