Septembre n’aura pas troublé l’optimisme des investisseurs. À Wall Street, les records s’enchaînent, portés par la suprématie des valeurs technologiques, dont une poignée, à peine une dizaine, concentre plus de 50 % de la performance du S&P 500 depuis le début de l’année. Cette progression ininterrompue alimente les craintes d’une bulle spéculative : le parallèle avec l’éclatement de la bulle internet est tentant, tant les ingrédients classiques semblent réunis : concentration extrême, valorisations élevées et un narratif puissant et unique autour d’une révolution technologique.
La lecture des flux apporte un éclairage complémentaire sur les acteurs qui ont soutenu la tendance aux États-Unis. On distingue trois grandes catégories d’intervenants, trois séquences temporelles et plusieurs instruments. Sur les deux dernières années, les investisseurs institutionnels ont largement accompagné la hausse, avant d’opérer depuis le Liberation Day une rotation de moyen-long terme et de réduire leur exposition. Les particuliers ont endossé leur rôle traditionnel de « buy the dip », achetant les replis successifs. En arrière-plan, les opérateurs plus spéculatifs se sont montrés très actifs sur les grands indices jusqu’à cet été, avant d’accroître leurs paris à la baisse. La hausse de cette rentrée s’explique surtout par des flux concentrés sur quelques grandes valeurs technologiques, alimentés par des achats (d’options) ciblés sur actions individuelles. Elle reflète davantage des mouvements opportunistes de Hedge funds et d’investisseurs particuliers plutôt qu’une adhésion large et généralisée des intervenants.
La prise de risque est soutenue, en toile de fond, par la solidité de la croissance américaine, qui a progressé à son rythme le plus rapide depuis près de deux ans. Les chiffres du deuxième trimestre ont été révisés en nette hausse à 3,8 % (contre 3,3 % précédemment). Cette révision tient notamment aux dépenses de consommation et aux investissements non résidentiels, en particulier dans les centres de données qui abritent l’infrastructure de l’IA, tous deux relevés respectivement à 2,5 % (contre 1,6 %) et 7,3 % (contre 5,7 %).
La thématique IA s’impose ainsi comme un puissant moteur de croissance. Elle soutient les perspectives bénéficiaires des entreprises, propulse les marchés vers de nouveaux sommets et crée un effet richesse considérable pour les ménages. Au T2, la performance des actions a généré environ 5 000 milliards de dollars de gains de patrimoine, renforçant leur propension à consommer. L’IA et la consommation s’entretiennent mutuellement dans un cercle vertueux qui éloigne le spectre de la récession, même si le marché de l’emploi continue à montrer des signes de fragilité.
En lien avec cette vulnérabilité, la Fed a repris son assouplissement monétaire le 17 septembre en abaissant ses taux directeurs de 25 points de base. Les « dot plots » suggèrent encore deux baisses d’ici la fin de l’année, puis une supplémentaire en 2026. Les anticipations de marché se montrent légèrement plus agressives. Ce mouvement peut paraître paradoxal alors même que l’institution a relevé ses prévisions de croissance pour 2025, de 1,4 % à 1,6 %. L’inflation est attendue à 3 % en fin d’année, toujours au-dessus de la cible, et le chômage devrait rester stable à 4,5 %.
En Europe, malgré la progression récente, les indices stagnent depuis plusieurs mois dans un corridor étroit, faute de nouveaux relais microéconomiques, macroéconomiques ou géopolitiques. Les deux grands thèmes porteurs, l’infrastructure et la défense, semblent déjà largement intégrés dans les cours et mettront plusieurs années à produire des effets tangibles sur l’économie réelle.
Cette atonie des marchés reflète en partie la faiblesse de la dynamique économique. Les dernières enquêtes PMI confirment une activité poussive et mettent en lumière d’importantes divergences. L’industrie reste en contraction, pénalisée par le recul des nouvelles commandes après l’embellie d’août liée à l’accord commercial avec les États-Unis. La surprise est venue des services, à l’exception de la France (48,9), toujours freinée par le climat politique. Ces données mitigées sont suffisamment solides pour ne pas être alarmantes, mais assez fragiles pour nourrir les espoirs d’une dernière baisse de taux de la BCE dans les prochains mois. Pour l’heure, la politique monétaire nous paraît rester un cran trop restrictive. Les taux réels sont positifs, le discours demeure légèrement hawkish et la poursuite du Quantitative Tightening accentue la pression sur les taux longs, ce qui pèse mécaniquement sur le financement des États. Depuis le début de l’année, le bilan obligataire de la BCE a reculé de plus de 300 Mds€, soit près de 2 % du PIB de la Zone euro, contre seulement 0,3 % du PIB américain pour la Fed. Cette asymétrie est difficile à justifier au regard des trajectoires de croissance et d’inflation des deux zones.
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